Extraits de Journaux N°2 - Dear San Francisco


San Francisco
Extrait de Journaux
Par Jenny

J'ai partagé il y a quelques semaines des extraits de journaux que j'ai tenu lorsque je vivais aux USA.
Aujourd'hui, je vous partage des écrits que j'ai tenu au cours de ma première semaine de vacances à San Francisco, six mois après mon arrivée à New York. C'était en Février 2017 et après avoir économisé pendant plusieurs mois, j'avais décidé qu'il était temps de profiter de ma première semaine de vacances pour m'envoler vers la Californie et la ville de San Frrancisco dont je rêvais depuis si longtemps.Ce que j'ai ressenti était différent de ce que j'espérais, de ce que j'imaginais.
Peut être que mon avis changera lorsque j'y retournerai?



SAN FRANCISCO
FEVRIER 2017

Demain, je quitte la côte ouest, la Californie et San Francisco. Je suis mitigée. Je ne sais pas si je suis triste, heureuse ou dépitée à l'idée de partir. C'est un sentiment nouveau, inattendu et déconcertant. Tout ce que j'avais espéré s'est avéré être différent de mes attentes...et de mes envies. Mais en même temps, je ne pense pas pouvoir mettre le mot « Déception » dessus. Je crois que mon erreur a été d'avoir beaucoup trop attendu avant de venir ici, renforçant mes attentes qui étaient en fin de compte trop élevées. Beaucoup trop. J'imagine que j'étais tout bonnement coincée avec ce stéréotype du San Francisco décrit par Jack Kerouac dans ses écrits. Mais pas uniquement, on peut ajouter à ça le mouvement hippie et les belles images vendues par les médias, et vous vous retrouvez avec de trop hautes espérances. J'ai peur d'admettre avoir été déçue parce que ce ne serait pas totalement vrai mais ça ne signifie pas pour autant que c'est faux. Je suis perplexe encore aujourd'hui, sachant que je m'envole demain pour New York... C'est pour cela que je dois écrire. Mon ressenti n'en sera plus que réel et renforcé. Je pensais que j'allais passer mon temps à traîner sur Haight Asbury mais en réalité, je n'y pas passé plus d'une matinée . Ils ont capitalisé et monétisé le mouvement hippie, de quoi vous en dégoûter de l'endroit. Mais reprenons depuis le début. Je suis arrivée Samedi, aux alentours de vingt-et-une heure, ce qui signifie que j'ai mis au moins deux bonnes heures après que l'avion ait atterri dans la baie pour rejoindre mon auberge de jeunesse. Ma toute première impression de SF, disons le clairement, n'était pas positive. Absolument pas même. Alors que je sortais du BART, une sorte de métro à City Center, et que je longeais les longues rues sinueuses et en pentes de la ville, j'ai été frappé par le nombre incalculable de personnes sans abris qui s’agglutinaient sur les trottoirs. Ce n'était pas beau à voir. Je ne suis pas idiote, je sais très bien que c'est un fléau réel qui frappe toutes les villes, je le vois tous les jours à New York mais ce qui m'a choqué ici c'est le nombre. Il y en avait trop. Beaucoup trop. Et comment penser pouvoir profiter pleinement de mes vacances en établissant ce constat ? Comment me réjouir d'être ici quand je croise tous les deux mètres, une personne au visage triste comme si tout espoir avait quitté son existence ? J'essaie encore de comprendre. Je me suis sentie coupable. Je sais bien que je ne devrai pas car il s'agit là des premières vacances que je m'accorde depuis au moins deux ans ou trois et j'ai économisé six mois pour pouvoir m'accorder ce privilège. Mais voilà, je n'ai pas pu m'empêcher de me voir comme étant privilégiée alors que je ne le suis point. Ma conscience me dévore encore maintenant alors que je suis avachie sur ce fauteuil confortable dans cette auberge de jeunesse plus que chaleureuse. Parce que je suis au chaud. Je ne peux pas m'empêcher de tourner la tête vers la grande vitre sur ma droite pour contempler la rue Ellis. De temps en temps, je vois un ou deux individus que je sais être sans abris et mon estomac se sert encore plus fort. Je me sens impuissante.


Peut être que c'est la raison principale de mon absence d’enjouement vis à vis de la ville. Je l'ignore. Rajoutons à cela le temps pourri - j'ai décidé de surnommer San Francisco, la Lunatique. J'ai eu droit à de la pluie tous les jours et même aujourd'hui alors qu'il faisait super beau, et que je profitais des rayons du soleil en marchant sur Pier, il s'est soudainement mis à pleuvoir. Là, comme ça, d'un coup alors que je portais mes lunettes de soleil cinq secondes plus tôt. C'est une combinaison de plusieurs facteurs, la pauvreté aux quatre coins des rues, le temps affreux et mes attentes trop élevées. Voilà, mystère élucidé, le voile est levé. J'avais fait une liste de tous les endroits où j'aspirais à me rendre durant mon séjour. Ce n'est pas vraiment pour planifier mon voyage, je ne fais jamais ça mais c'est plus des indications de choses que je sais vouloir voir pour me guider dans mes visites. J'ai tout vu, ou presque. Tiens, je vais procéder à un top des, soyons fous, cinq lieux que j'ai préféré voir ou visiter au cours de mon séjour. En premier, je vais commencer en parlant bien évidemment de ma visite sur le Rock, l’île de Alcatraz. Apprécier la visite de cette ancienne prison fédérale peut avoir l'air glauque et étrange même mais sincèrement, je sais que dans dix, vingt ans, je me souviendrai toujours d'avoir arpenté les coins de la prison, pénétré dans une cellule sombre dans laquelle un homme ne pouvait même pas s'étirer tant elle était semblable à une cage et encore, le mot est sympa, contemplé la vue sur San Francisco depuis le rocher tout en m'imaginant ce que ressentaient les prisonniers à l'époque lorsque eux même la regarder ? Les regrets qu'ils avaient, les craintes de ne jamais quitter cette île, et peut être l'espoir d'être libre, un jour ? Attention, je ne parle pas de tous les criminels, je n'éprouve pas de la sympathie à l'égard de chacun d'entre eux mais pardonnez moi d'en éprouver pour ces jeunes hommes enfermés dans de telles conditions pour un temps aussi long pour un « simple » braquage de voitures. Cela pousse à la réflexion. Ma visite s'est terminée par la rencontre avec un ancien prisonnier qui était là pour dédicacer son roman sur sa vie passée à Alcatraz. J'ai trouvé ça dingue. Il a 84 ans, si je me souviens bien mais j'ai pu voir la tristesse dans son regard lorsque je lui ai demandé ce que cela lui faisait de revenir sur ce lieu rempli de mauvais souvenirs, ou pire, de le voir s'être transformé en une attraction touristique ?


Le premier endroit où je voulais me rendre aussi con que cela puisse paraître, c'était le le coin de la Beat Generation. Après tout, c'était la raison principale de ma venue ici, non ? Malgré la forte pluie et ma fatigue, Dimanche matin, et plutôt que de me rendre à l'église pour voir ce fameux gospel dont j'ai tant entendu parler, je suis allée au carrefour Beatnik. C'est comme ça que je l'appelle. Parce que c'est un carrefour, tout simplement et qu'en vous mettant au milieu de ce dernier, tout d'abord, vous risquez de vous faire faucher mais vous avez d'un côté le Vesuvio, l'allée Jack Kerouac, le City Light Bookstore et de l'autre, le Beat Museum – et un peu plus loin un restaurant portant le nom d'un de mes livres préférés, The Naked Lunch mais on s'en balance parce que c'est seulement une manière juteuse de profiter du mouvement Beat en utilisant ce nom. Autant dire qu'il était hors de question que j'y mette les pieds et pas seulement parce que ça avait l'air d'être un endroit pour les blindés. Il y a temps à dire sur le sujet, sur mon trip Beatnikien – ça claque comme nom, non ? - que je me demande si je ne vais pas y consacrer toute une page, ultérieurement. J'ai dû mal à synthétiser, j'ai plutôt la fâcheuse tendance de m'étendre et de blablater encore et encore. J'aime les détails, parfois. J'ai peur d'oublier alors j'écris. Quand j'étais plus jeune, je me demandais souvent ce que je ressentirai dans le cas hypothétique où je deviendrai amnésique. Pire que ça, il m'arrivait de vouloir le devenir, pour redécouvrir certaines choses pour la première fois. Relire ce roman à nouveau pour la première fois, découvrir The Doors et retomber amoureuse de la poésie et du talent de Jim Morrison étaient les deux premiers exemples que j'avais en tête en pensant à ça. L'adolescence...J'avais même parlé de ça aux personnes dont j'étais le plus proche et je leur avais fait savoir ce que je voulais qu'ils fassent si ça venait par arriver. Bien sûr, ce n'a jamais été le cas et aujourd'hui, je ne sais même plus si je suis tentée par cette expérience, peut être qu'une part de moi l'envisage encore un peu? Je recommence à m'égarer. Je fais toujours ça et mon récit devient complètement incompréhensible après ça. C'est énervant. Pas tellement pour moi, ça me ressemble, j'y suis habituée mais pour ceux qui le liront ensuite. A peine avais je écrit ces mots que je pensais déjà à les effacer. Personne ne lira ça à part moi. J'ai arrêté d'envoyer ce que j'écris aux autres et ce depuis fort longtemps. Arrêtons les bavardages et revenons à San Francisco. Oh et puis non, je suis fatiguée et je manque de force. J'essaie de m'épuiser dans le but de dormir demain dans l'avion mais ce n'est pas la meilleure des idées que j'ai eu. En plus je n'arrive jamais à dormir dans les transports... Ça va simplement me fatiguer à un tel point que je vais comater pendant trois jours une fois de retour à New York. Ah, dernier point, je suis tellement pressée de rentrer à la maison. Je considère la Grosse Pomme comme la maison, ça y est. Je m'y sens tellement bien et je n'ai pas ressenti ça ici, pourtant je pensais que cette ville allait me convenir et que je regretterai même de rentrer. Je suis en un sens, soulagée de constater à quel point j'avais tort. Pour une fois. Il est temps que je tire ma révérence. Je terminerai d'écrire ce torchon insensé demain, pardon, toute à l'heure, dans l'avion. Si je ne m'endors pas avant. O espoir.





QUELQUE PART APRES LA SIERRA NEVADA


Je suis enfin dans l'avion. Je suis soulagée de rentrer tout en étant épuisée et légèrement affamée. J'ai la dalle. Mais je préfère garder mon argent, parce que je sens que je vais en avoir besoin pour payer mon taxi. Ou alors je marcherai. Mais bon, me balader pendant quarante minutes avec ma valise, mon sac à dos et ma sacoche d'ordi au beau milieu de la nuit à New York, c'est pas tellement judicieux. J'ai acheté tellement de conneries – c'est la faute à China Town. J'y ai passé beaucoup trop de temps, pratiquement la majeure partie de mon temps à San Francisco d'ailleurs. La culture asiatique m'attire beaucoup, il fallait se douter que j'allais être comme aimanté à ce quartier chinois qui est d'ailleurs le plus grand des Etats-Unis, et du monde en dehors de la Chine (merci wikipedia!). Et puis, j'ai toujours adoré les films de Bruce Lee (attendez que je termine ma phrase avant de commencer à parler de clichés), alors savoir que cet homme que j'admire autant est né là, ça ajoute une dimension particulière. J'ai parlé avec maman au téléphone alors que j'attendais d'embarquer. On a dû parler au moins deux heures et elle est d'accord avec moi, il est inutile que je reste deux ans aux USA. Un an et demi me paraît parfait. Après, j'ignore précisément ce que je vais faire mais j'ai bien quelques idées en tête. Je vais rester quelques semaines en France puis je partirai. Florence me tente beaucoup. Lisbonne me correspond également. Il fait beau, chaud, il y a la plage, les artistes s'y rendent tous et la scène musicale est à son apogée. Je ne parle même pas de la simplicité des gens, c'est fait pour moi. Je dois y réfléchir. J'ai rencontré un couple de français au moment d'embarquer, ils vivent à New York et m'ont demandé s'ils avaient été les seuls à avoir un sentiment de déception – ils ont même mentionné le mot dégoût – en parlant de San Francisco. Autant dire que j'étais contente tout comme eux, de constater que notre opinion était similaire. Bien que comme je l'ai dit, il y a quelques points positifs. J'ai adoré Chinatown, j'ai adoré les coins Beat, les gens que j'ai rencontré comme Anthony à l'auberge qui m'a initié à l'art du thé (un punk gothique qui a grandi à Chinatown), tous les gens dans les Uber que j'ai pris comme ce gars hier qui a fait 1,06 mile en 25 minutes parce qu'il discutait avec moi de poésie, Alcatraz, Pier, le musée mécanique...Donc je ne suis pas non plus dégoûtée mais j'attendais plus. Surtout quand je sais que j'ai économisé pendant autant de temps pour m'accorder ce privilège. Peu importe. Avant de rentrer en France, je dois aller à Boston (en Mars), Washington (en Avril), Miami (en Mai), La Nouvelle Orléans (Juin) puis Chicago, Los Angeles (et encore, je ne suis pas convaincue), Las Vegas (idem que pour L.A), Portland, et Chicago. En dehors des USA, je veux à tout prix me rendre à Cuba. J'en rêve mais le problème c'est qu'il y a des restrictions vis à vis des résidents sur le sol américain ce qui signifie que même en étant française, je subis directement les conséquences de l'ancien Embargo. Je dois, pour me rendre à La Havane, justifier mon voyage. C'est à dire qu'il doit entrer dans une catégorie particulière autre que touristique, par exemple je dois pouvoir montrer que j'y suis pour une raison familiale, associative ou instructive. Mais je vais bidouiller quelque chose. Je vais pas manquer cette opportunité.







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