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Rédemption - Avant (2)





Oh how I realised how I wanted time. Put into perspective, tried so hard to find.
Just for one moment, thought I'd found my way. Destiny unfolded, I watched it slip away. 
24 Hours, Joy Division

J'ai fait trois tentatives de suicides. J'ai échoué lamentablement à chacune d'elles et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Lors de ma troisième tentative, j'ai avalé une boite entière de cachets d'aspirine. Il y en avait vingt-deux à l'intérieur. Je les ai compté. Les nombres ont quelque chose de fascinant. Pour la majeure partie des gens, ils paraissent insignifiants, on les utilise quotidiennement donc on y fait plus réellement attention mais pourtant, ils prennent parfois tout leur sens quand on s'y attarde de plus près. Par exemple, seulement sept secondes ont été nécessaires pour gâcher toute mon existence. Sept petites secondes. Sept. On dit souvent que ce nombre porte bonheur, voire qu'il est magique. Il existe tout un tas de symboles et de mythes autour de ce nombre. Il suffit de regarder sur wikipedia pour s'en rendre compte. La culture s'est considérablement imprégnée de ce nombre. Les sept pêchés capitaux, les sept nains de Blanche-neige ou encore les sept Horcruxes chez Harry Potter... Et j'en passe. Pour moi, il n'a rien de magique là-dedans car dans mon cas, c'est tout simplement un nombre maudit. Notre vie entière peut se résumer à une série de chiffres : l'âge que l'on avait quand on a marché pour la première fois et celui que l'on avait lors de notre premier coup de foudre, l'âge du premier cœur brisé, du premier succès scolaire, du premier échec...Généralement, ces chiffres correspondent à des moments majeurs de notre existence. Si je devais résumer la mienne, je me contenterai de faire plus simple en la découpant en deux. Ma vie d'avant. Et ma vie aujourd'hui. 
J'ai continué à avancer car c'est ce que l'on aurait voulu pour moi. J'ai passé mon temps à tenter de m'accrocher désespérément à la moindre parcelle de vie qui subsistait en moi. J'ai essayé d'oublier, de ne plus penser à ce que la vie m'avait pris, à toutes ces choses dont elle m'a privé en quelques instants. C'est insensé de se dire qu'un laps de temps si court suffit à détruire quantité de choses essentielles, des choses pour lesquelles des années furent nécessaires à leur construction et à leur progression. Pourtant moins de sept secondes furent nécessaires à ma destruction. Une poussière dans l'espace temps mais une vie entière de volée pour moi. 
L'autre jour, j'ai lu un article sur le suicide dans un vieux magazine à la con. Cet article affirmait que le suicide est un acte que l'on doit assimiler à un appel au secours et qu'il n'est envisagé qu'en dernier recours lorsque l'aide dont on a besoin et que l'on attend, n'arrive pas. Ainsi, la mort s'offre alors comme ultime alternative. C'est glauque, je vous l'accorde. J'y ai murement réfléchi les jours suivants et je me suis finalement résigné à me ranger de leur coté. Ils ont sans doute raison. Sur le moment, c'est la seule solution que j'ai trouvé pour pouvoir supporter ce que j'endurais quotidiennement. La douleur était trop grande à vivre et cette idée s'est doucement imposée à moi. Je n'ai même pas eu le temps d'y penser pour être parfaitement honnête. Je n'ai pas réfléchi, ça c'est fait comme ça. Trois fois, je sais. Je pensais que ce serait simple et indolore, que je m'endormirai pour toujours et puis qui sait ? Peut-être que je vivrai dans un univers parallèle où douleur et tristesse n'auraient pas leur place. Mais je me trompais. Lourdement. Ce fut douloureux. Extrêmement douloureux. Plus que ce que j'aurais pu imaginé. Le réveil essentiellement. Se réveiller alors que vous pensiez en vous endormant, que toute la souffrance disparaitrait pour finalement prendre conscience que l'on est en vie est quelque chose de terrible pour quelqu'un comme moi. Mais bizarrement, une infime partie de moi était soulagée, tristement soulagée de prendre conscience que mon heure n'était pas encore arrivée et que finalement, la possibilité de vivre restait envisageable. Que j'en avais encore le droit. Quand je déclare cela à ma psychologue qui reste septique quand à mon « cas », elle esquisse un léger sourire en me demandant de me focaliser sur cet aspect positif. Elle n'a pas encore compris que la meilleure solution que j'ai trouvé consiste à taire mes sentiments et mes émotions. Je ne les exprime pas, je ne les ressens pas. Tout est plus simple comme ça. Tout étaitplus simple comme ça. 
J'ai épuisé beaucoup de psys. Ma psychologue actuelle a déclaré à mon oncle après notre première séance, que j'étais une boule de nerfs dirigée par la colère. Je le sais parce je les ai entendu discuter alors que je sortais des toilettes. Ils ne m'ont pas vu tout de suite et se sont immédiatement tus quand je me suis approchée d'eux. J'en avais assez entendu. Elle se trompait. Je ne suis pas en colère. Pas vraiment. J'ai dépassé ce stade depuis longtemps. Par contre, je déteste perdre mon temps dans ce stupide cabinet. Je déteste ces deux longues heures pendant lesquelles je suis obligée de parler chaque semaine, de mes angoisses, de mes craintes, de mes peurs et mes doutes. J'ai une sainte horreur de ça. Je me contente de lui dire ce qu'elle veut entendre et elle se félicite des progrès que l'on a soit-disant fait mais elle se berce d'illusions. Mon oncle est en parti responsable de ces petites venues chez la psy car il est persuadé que mon état s'améliore grâce à elle. Je ne vais pas lui rétorquer qu'il a tort, ce serait vain. Pour reprendre ses propres mots, j'ai « besoin d'extérioriser ce que je ressens en présence d'une personne neutre pour ne pas laisser le lourd traumatisme que j'ai vécu, affecter la personne que je deviendrai . » C'est un ramassis de conneries, je pense qu'il a simplement lu trop de magazines de psychologie qu'il laisse dans son cabinet dentaire pour ses patients. En un sens, je comprends complètement ce qu'il veut dire. Je suis même persuadée qu'il a peur que je fasse une crise un jour. J'en viens à me demander parfois s'il ne s'imagine pas que je pourrais m'en prendre à quelqu'un à lui, à sa femme ou à l'un de ses enfants. Jamais il ne me viendrait à l'esprit de faire du mal à quelqu'un. A quelqu'un d'autre qu'à moi, je veux dire. Au fond, on en est là. Je me demande s'il pense vraiment que je pourrais m'en prendre à ses proches...J'aime beaucoup son épouse, Gwendoline. Elle est une femme aimante qui aspire à rendre tout le monde heureux. Moi y compris. Je ne vois pas souvent leurs deux enfants, mes cousins, Cassiopée et Théodore. Cassiopée à vingt-cinq ans et vit en Australie depuis quelques mois, elle s'y est installée dans le cadre d'un projet humanitaire et se plait beaucoup là-bas d'après ce que j'ai compris. Théodore quand à lui est en Provence où il suit des études de droit. Il a un an de moins que sa sœur mais il l'a dépasse d'une bonne tête. Bien qu'ils soient tous les deux loin du domicile familial, ils reviennent régulièrement passer du temps dans la campagne en compagnie de leurs parents.
Et de moi. 
Je ne me souviens pas de l'accident. Du moins pas complètement. Je ne me rappelle que des quelques secondes ayant précédées la collision mais après ça, mes souvenirs remontent seulement à mon réveil à l'hôpital, trois semaines après. Parfois, j'ai l'impression que des bribes de l'accident me reviennent, que je revois les visages inconscients de mes parents et de ma petite sœur. Ma psychologue dit qu'il s'agit probablement d'images que mon subconscient a construit. Je m'évertue à ne pas y penser car ces faux-souvenirs, comme elle me l'explique, me font mal. Je ne peux pas et je ne veux pas imaginer la souffrance endurée par mes proches. C'est inconcevable. Impossible.

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Et voilà la fin du premier chapitre !
En réalité, je n'ai pas vraiment découpé mon roman en chapitres mais plutôt en parties. Il y a une trame chronologique à la Tarantino. En effet, on a l'histoire qui se déroule actuellement et les chapitres du passé qui viennent s'accorder aux moments qui ont lieu dans le présent. J'ai un peu du mal à expliquer ce schéma mais vous comprendrez rapidement à mesure que je publierai des passages ce que je raconte. Pour ceux qui commencent tout juste à la lire, j'ai numéroté dans les titres l'ordre des passages à lire vu qu'il n'y a pas vraiment de chapitres. Voilà, j'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à partager vos avis, ça m'aide à m'améliorer ❤






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